Les manifestants irakiens qui réclament "la chute du régime" redoutent mercredi que la coupure d'internet ne soit un signe précurseur d'un retour aux violences du début du mois, les forces de sécurité tirant de nouveau à balles réelles dans la capitale.
Source: , | November 6th, 2019

Les manifestants irakiens, qui réclament "la chute du régime", redoutent mercredi que la coupure d'internet ne soit un signe précurseur d'un retour aux violences de début octobre, les forces de sécurité tirant de nouveau à balles réelles dans la capitale.

Depuis le début le 1er octobre d'un mouvement spontané de contestation, près de 280 personnes --en majorité des manifestants-- ont été tuées, selon un bilan compilé par l'AFP.

Les autorités ont proposé réformes sociales et amendements constitutionnels, mais les manifestants continuent de réclamer le départ de tous les responsables qu'ils jugent corrompus et incompétents, ainsi qu'une refonte totale du système politique instauré après la chute du dictateur Saddam Hussein.

Dans le sud, chiite et tribal, la désobéissance civile continue de paralyse écoles et administrations, et gagne les infrastructures portuaires et pétrolières vitales pour l'Irak. Dans ce pays, deuxième producteur de l'Opep, les habitants étranglés par le chômage et la pauvreté réclament leur "part du pétrole".

A Bagdad, les contestataires ont été pris mercredi à plusieurs reprises sous les tirs à balles réelles des forces de sécurité, notamment sur le pont al-Chouhada.

Sur ce pont, le quatrième bloqué par des pans de béton installés par les autorités afin de contenir la foule qui continue de camper jour et nuit sur la place Tahrir, au bord du fleuve Tigre, des journalistes de l'AFP ont vu les manifestants porter des camarades blessés par balles.

Selon Mahmoud, un manifestant de 20 ans, "les policiers anti-émeutes ont d'abord tabassé des protestataires à coups de matraques". "Ils ont répondu avec des jets de pierre et ensuite les forces ont tiré sur nous", a-t-il dit à l'AFP.

"Climat de peur"

Jusqu'à lundi, sur les ponts al-Joumhouriya, puis Senek, les forces de l'ordre tiraient uniquement des grenades assourdissantes et des grenades lacrymogènes --dénoncées par les défenseurs des droits humains car étant dix fois plus lourdes qu'ailleurs dans le monde-- et ont déjà tué plusieurs manifestants.

Mais depuis que la contestation a gagné les ponts al-Ahrar, lundi, et al-Chouhada mercredi, des tirs à balles réelles --parfois au gros calibre-- ont commencé à résonner à Bagdad.

Du 1er au 6 octobre déjà, selon le bilan officiel des autorités, 157 personnes ont été tuées, pour la plupart des manifestants tombés à Bagdad sous les balles de snipers que l'Etat dit ne pas pouvoir identifier. Internet avait été coupé pendant deux semaines à Bagdad et dans le Sud. 

Le blocus sur les réseaux sociaux imposé début octobre n'a toujours pas été levé et depuis lundi, Internet est de nouveau coupé.

Les campagnes d'arrestations de militants vont bon train, selon des sources de sécurité et militants. Des sources médicales s'inquiètent de la disparition de plusieurs médecins, et de nombreuses voix en Irak dénoncent "des opérations d'enlèvement organisées".

Dans ce "climat de peur", les militants disent redouter d'être dispersés par des forces de l'ordre, qui assurent se défendre contre des "saboteurs" infiltrés parmi les manifestants.

"La coupure d'internet est le signal qu'il va y avoir du sang", a affirmé à l'AFP une source gouvernementale sous le couvert de l'anonymat.

L'Iran "insatisfait"

Dans le sud, la désobéissance civile se renforce et empêche désormais l'accès d'employés à la compagnie pétrolière publique de Nassiriya, à une raffinerie de Diwaniya et au port d'Oum Qasr, vital pour les importations.

A Bassora, les grenades lacrymogènes et assourdissantes tirées par les forces de l'ordre ont provoqué des incendies et réduit en cendres le campement des manifestants.

Dénonçant des "pertes de milliards de dollars", la représentante de l'ONU en Irak a appelé à "protéger les infrastructures". L'armée a prévenu qu'elle utiliserait la force si la Banque centrale, par exemple, était visée.

Dans le même temps, la situation continue de s'enliser sur le plan politique. L'Iran, grande puissance agissante en Irak au même titre que son ennemi américain, plaide pour le maintien du statu quo.

Mardi, le Premier ministre irakien Adel Abdel Mahdi a balayé la proposition du président Barham Saleh de tenir des élections anticipées, la jugeant irréalisable.

Selon de hauts responsables sous le couvert de l'anonymat, le chef du gouvernement, au pouvoir depuis un an, est désormais isolé, à couteaux tirés avec M. Saleh et sous pression de ses alliés pro-Iran.

Téhéran --qui depuis quelques jours concentre la colère des manifestants l'accusant de tirer les ficelles dans leur pays-- "n'est pas satisfait de M. Saleh", assurent à l'AFP plusieurs responsables politiques.

Pour Téhéran, ce Kurde dont le parti est de longue date proche de l'Iran, "a abandonné au premier obstacle celui qui l'a aidé à décrocher la présidence", expliquent-ils sous le couvert de l'anonymat.

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