L’Iran a repris jeudi ses activités d'enrichissement d'uranium à l'usine souterraine de Fordo, selon un communiqué de l'Organisation iranienne de l'énergie atomique (OIEA).
Source: , | November 7th, 2019

L’Iran a repris jeudi ses activités d'enrichissement d'uranium à l'usine souterraine de Fordo, conformément à sa décision annoncée mardi de réduire encore davantage ses engagements pris en 2015 devant la communauté internationale sur son programme nucléaire.

"Dans les premières minutes de la journée de jeudi (...), la production et collecte d'uranium enrichi (a démarré) dans les installations de Fordo", à environ 180 km au sud de Téhéran, indique un communiqué de l'Organisation iranienne de l'énergie atomique (OIEA).

Le texte précise que "toutes ces activités ont été réalisées sous le contrôle de l'Agence internationale de l'énergie atomique" (AIEA), organe de l'ONU chargé du contrôle du programme iranien, dont l'OIEA a en revanche annoncé jeudi avoir retiré l'accréditation d'une inspectrice pour un incident "la semaine dernière" lors d'un "contrôle" à l'usine de Natanz (centre). 

Le porte-parole de l'OIEA, Behrouz Kamalvandi, avait indiqué mercredi que la production d'uranium enrichi à Fordo serait "opérationnelle à partir de minuit" dans la nuit de mercredi à jeudi (20H30 GMT mercredi).

La reprise de ces activités gelées en vertu de l’accord sur le nucléaire iranien conclu à Vienne en 2015 avait été annoncée mardi par le président Hassan Rohani, au lendemain de l'expiration d'un délai donné par Téhéran aux autres Etats encore parties à ce texte (Chine, France, Royaume-Uni, Russie et Allemagne) pour qu'ils l'aident à surmonter les conséquences du retrait américain de ce pacte en 2018.

La mesure marque la quatrième phase du plan de réduction des engagements iraniens lancé en mai en riposte à ce retrait qui a plongé son l'économie dans une sévère récession.

Réunion à Vienne

Aux termes de l'accord de Vienne, Téhéran a accepté de réduire drastiquement ses activités nucléaires --afin de garantir leur nature exclusivement civile-- en échange de la levée d'une partie des sanctions internationales qui asphyxiaient déjà à l'époque son économie.

L'accord interdit à la République islamique de mener des activités d'enrichissement d'uranium à Fordo, usine souterraine longtemps tenue secrète.

A Vienne, une source proche de l'AIEA a indiqué mercredi à l'AFP que "les inspecteurs de l'Agence (étaient) sur place" à Fordo. Le conseil des gouverneurs de l'Agence doit se réunir jeudi pour une séance spéciale consacrée à l'Iran, lors de laquelle doit notamment être évoquée l'incident lié à l'inspectrice dont l'accréditation a été retirée. 

L’annonce de la reprise d’activités d’enrichissement à Fordo a suscité de nouvelles inquiétudes des autres parties à l'accord de Vienne, même si l'Iran est loin d'être retourné à la situation qui prévalait avant l'accord: il limite actuellement son taux d'enrichissement de l'uranium à 4,5%, en-deçà du seuil de 20% qu'il a un temps pratiqué, et très loin des 90% nécessaires pour une utilisation militaire.

La République islamique assure en outre rester attachée à la survie de l'accord et être prête à revenir à l'application complète de ses engagements dès lors que les autres parties respecteront les leurs, en prenant des mesures concrètes pour satisfaire ses demandes, et en particulier en lui permettant d'exporter son pétrole.

"Changement profond"

Moscou a toutefois dit "observer avec préoccupation" les derniers développements, tandis que Paris, Londres, Berlin et l'Union européenne (UE) ont appelé Téhéran à revenir sur sa décision.

L'UE a exhorté l'Iran à s'abstenir de nouvelles mesures susceptibles de miner davantage l'accord de Vienne et de rendre encore "plus difficile" son sauvetage.

A Pékin mercredi, le président français Emmanuel Macron a jugé que l'Iran avait "décidé de sortir du cadre" de l'accord, "pour la première fois de manière explicite et (...) non limitée".

C'est "un changement profond", a ajouté M. Macron: "J'aurai des discussions dans les prochains jours, également avec les Iraniens, et nous devons collectivement en tirer les conséquences".

"Ce que le président Rohani a annoncé n'est pas acceptable", a jugé le ministre des Affaires étrangères allemand Heiko Maas.

Il a appelé "l'Iran à revenir sur toutes les mesures prises depuis juillet et à respecter à nouveau pleinement ses engagements" internationaux.

Washington, qui mène contre Téhéran une politique de "pression maximale" destinée à contraindre la République islamique à conclure un nouvel accord avec de "meilleures garanties", a réagi à la remise en route des centrifugeuses de Fordo en accusant l'Iran de poursuivre son "chantage nucléaire".

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