Keiko Fujimori, une vie pour la politique
Source: , | November 30th, 2019

A 44 ans, la cheffe de l'opposition péruvienne Keiko Fujimori, sortie de prison vendredi après 13 mois de détention préventive dans le cadre d'un scandale de corruption, a consacré la moitié de sa vie à la politique en capitalisant sur l'héritage de son père, président de 1990 à 2000 et lui-même incarcéré.

Alors que le fujimorisme est en perte de vitesse face au président Martin Vizcarra, elle devra mettre les bouchées doubles avant les élections législatives anticipées de janvier puis la présidentielle de 2021.

Sa libération résulte d'une décision favorable à son encontre du Tribunal constitutionnel, après un recours.

Selon l'arrêt du Tribunal, Keiko Fujimori, qui dirige le parti Force Populaire (droite populiste) devra toutefois répondre, libre, des enquêtes lancées à son encontre.

"Je continuerai de répondre à l'enquête comme je l'ai toujours fait", a-t-elle assuré samedi sur son compte Twitter, suivi par un million d'abonnés.

"Cela a été l'événement le plus douloureux de ma vie", a-t-elle ajouté en référence à son séjour en prison, agrémentant son tweet d'une photographie la représentant en compagnie de ses deux filles et de son mari. Une peinture à l'huile réalisée en prison par son père Alberto et représentant un paysage andin figure également sur la photo.

Elle a salué la "nouvelle opportunité" s'ouvrant à elle.

Guerre fratricide

Dans un pays éclaboussé par différents scandales de corruption de la classe politique, qui ont compromis quatre anciens présidents, Keiko, "fille bénie" en japonais, était en détention préventive depuis le 31 octobre 2018, pour avoir supposément bénéficié de contributions illégales de l'entreprise brésilienne Odebrecht pour sa campagne électorale en 2011.

Keiko Fujimori sort de prison dans un contexte politique très différent de celui qu'elle connaissait lorsqu'elle a été incarcérée. Le parti de la Force Populaire a été affaibli par le scandale Odebrecht et l'incarcération de sa dirigeante. Il court le risque de perdre la large majorité dont il bénéficiait en 2016.

La famille Fujimori, d'ascendance japonaise, a imprimé sa marque sur la politique du Pérou ces trente dernières années et est confrontée au défi de se rassembler, depuis la rupture de Keiko il y a près de deux ans avec son frère cadet, Kenji, 39 ans.

Les deux s'étaient livrés à une guerre fratricide dans l'ambition de conquérir le fauteuil présidentiel occupé pendant dix ans par leur père, Alberto Fujimori, 81 ans, qui avait été emprisonné en 2007 pour corruption et violation des droits de l'Homme.

Beaucoup de Péruviens reconnaissent à Alberto Fujimori d'être venu à bout de la guerilla d'extrême gauche du Sentier lumineux et de l'hyper-inflation léguée par son prédécesseur, Alan Garcia. Ses enfants ont bénéficié de cette popularité.

Keiko assure qu'elle est entrée en politique contre sa volonté. Agée de 19 ans en 1994, elle devient de façon impromptue une première dame de substitution à la séparation de ses parents.

Majorité absolue

Mais son père, embourbé dans des scandales, renonce à la présidence en 2000 en envoyant un fax depuis le Japon où il s'était réfugié, grâce à sa nationalité nipponne.

Keiko choisit de rester néanmoins au Pérou et sort blanchie d'accusations de malversations de fonds publics, acquérant pour l'occasion l'image d'une femme courageuse.

Elle se marie en 2004 avec un citoyen américain, Mark Vito Villanella, bien décidée à mener une vie partagée entre la famille et les affaires. Mais le destin politique familial rattrape cette mère de deux filles.

Elle perd en 2011 au second tour de la présidentielle face à Ollanta Humala, du centre-gauche. Elle perd aussi en 2016, cette fois-ci face à Pedro Pablo Kuczynski (centre-droit), même si son parti obtient la majorité absolue au Congrès.

Cette majorité parlementaire lui a permis de forcer Kuczynski à renoncer à la présidence en mars 2018, trois mois après la grâce accordée à son père.

Mais Keiko a fini par se brouiller avec son frère Kenji lors de la campagne contre Kuczynski, affaiblissant son camp et entraînant le retour en prison d'Alberto Fujimori. Keiko est alors également placée en détention.

Martin Vizcarra, vice-président, succède à Kuczynski en tant que chef de l'Etat en mars 2018, et renforce depuis son pouvoir.

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