Boris Johnson accusé de politiser l'attentat meurtrier de Londres
Source: , | December 1st, 2019

Boris Johnson s'est engagé dimanche à instaurer des peines plancher et à abolir les libérations anticipées pour les personnes condamnées pour terrorisme, lui valant d'être accusé d'utiliser à des fins politiques l'attentat meurtrier de Londres commis par l'une d'elles, à dix jours des législatives.

Au surlendemain de l'attaque au couteau qui a fait deux morts vendredi sur le London Bridge, le Premier ministre britannique a accusé les travaillistes - aujourd'hui dans l'opposition - d'être à l'origine d'une loi ayant permis la libération anticipée automatique de l'assaillant. Usman Khan, 28 ans, est sorti de prison en 2018, six ans après sa condamnation pour des infractions terroristes. 

"Ce système doit prendre fin", a plaidé le dirigeant conservateur dans une tribune publiée par le Mail on Sunday, en pleine campagne pour sa réélection aux élections anticipées du 12 décembre. 

"Si vous êtes condamné pour une infraction terroriste grave, il devrait y avoir une condamnation obligatoire minimum de 14 ans, et certains ne devraient jamais sortir", a-t-il poursuivi.  

"Pour toutes les infractions terroristes et extrémistes, la condamnation prononcée par le juge doit être effectivement purgée: ces criminels doivent purger chacun des jours de leur peine, sans exception".

"Un jeune homme exceptionnel"

De telles mesures auraient permis d'éviter l'attaque sanglante revendiquée par le groupe jihadiste Etat islamique, a assuré le Premier ministre.  

Usman Khan avait été condamné à une peine d'emprisonnement d'une durée indéterminée en 2012, avec un minimum de huit ans, ramenée à 16 ans de prison en appel en 2013, pour son appartenance à un groupe qui avait voulu commettre des attentats à la bombe au Royaume-Uni.

Il a lancé son attaque à une conférence sur la réhabilitation des prisonniers à laquelle il participait, organisée par l'institut de criminologie de l'université de Cambridge pour lequel travaillait Jack Merritt, 25 ans, dont la mort a été confirmée dimanche par l'établissement. 

"Jack vivait selon ses convictions (...) C'était un jeune homme exceptionnel", a tweeté son père, David Merritt. Oeuvrant au rapprochement des mondes académique et carcéral, "il faisait un travail formidable".   

"Jack Merritt était le meilleur des gars", a réagi le rappeur Dave, dont l'album "Psychodrama", récompensé par le prestigieux Mercury Prize, est inspiré par la réhabilitation dont a bénéficié son frère emprisonné à vie pour meurtre.

Le deuxième mort est une ex-étudiante de Cambridge. Un membre du personnel de l'université figure également parmi les trois blessés. Selon le service public de santé (NHS), l'un a pu quitter l'hôpital et les deux autres se trouvaient dimanche "dans un état stable".

"Réactions à l'emporte-pièce"

Sur la BBC, Boris Johnson a indiqué que les cas d'"environ 74" autres condamnés pour terrorisme ayant également bénéficié d'une libération anticipée seraient examinés "pour assurer qu'ils ne constituent pas une menace". 

Mais il s'est immédiatement attiré des critiques de ceux qui pensent qu'il veut utiliser le drame en avançant ces propositions ne figurant pas dans le programme des conservateurs présenté fin novembre.

"Nous n'avons pas besoin de réactions à l'emporte-pièce", a tweeté David Merritt, pointant du doigt "la destruction du service de probation qui est censé surveiller les prisonniers après leur libération". 

Depuis 2010, date de l'arrivée au pouvoir des conservateurs, ce service a fait l'objet de coupes drastiques et "nous sommes en conséquence moins en sécurité", a-t-il ajouté. 

"En plein milieu d'une élection, il ne faudrait pas capitaliser politiquement sur une tragédie, et c'est ce qu'il fait", a déclaré quant à lui le chef adjoint des libéraux-démocrates, Ed Davey, sur Sky News. 

Pour le leader du Parti travailliste, Jeremy Corbyn, il ne faut "pas nécessairement" emprisonner les condamnés pour terrorisme en jetant la clé : "Cela dépend des circonstances". 

"Aucun gouvernement ne peut empêcher toutes les attaques" mais "le gouvernement peut agir pour rendre de tels actes terroristes moins probables", a-t-il argumenté ultérieurement lors d'un discours de campagne à York: l'accent doit être mis sur la police, les services de probation et sociaux.  

Le London Bridge avait déjà été le théâtre d'un autre attentat revendiqué par le groupe EI, qui avait fait huit morts en 2017. 

mpa/jh