Syrie: veto russo-chinois à l'ONU pour prolonger d'un an l'aide transfrontalière
Source: , | December 20th, 2019

La Russie et la Chine ont mis vendredi leur veto au Conseil de sécurité à un projet de résolution de l'Allemagne, de la Belgique et du Koweït étendant d'un an l'aide humanitaire transfrontalière de l'ONU à 4 millions de Syriens, que Moscou veut réduire drastiquement.

Les 13 autres membres du Conseil ont voté en faveur du texte. Il s'agit du 14e veto de la Russie sur une résolution concernant la Syrie depuis le début du conflit en 2011, et de son deuxième en quatre mois sur un texte à vocation humanitaire relatif à ce pays.

Les autorités syriennes "ont repris le contrôle sur la majeure partie du territoire" et cette résolution est "obsolète", a justifié l'ambassadeur russe à l'ONU, Vassily Nebenzia.

"Il n'y a pas d'alternative" à cette aide transfrontalière, a rétorqué l'ambassadrice adjointe de la France, Anne Gueguen, qualifiant le choix de la Russie "d'irresponsable" et de "sinistre". Une position reprise par l'ambassadrice américaine à l'ONU, Kelly Craft.

"Etat de choc"

"Je suis en état de choc", a-t-elle déclaré. "Aujourd'hui, nous avons fait un énorme pas en arrière en terme de crédibilité", a-t-elle déploré, en parlant de sa "profonde déception".

L'autorisation onusienne sur l'aide transfrontalière expire le 10 janvier et les membres du Conseil de sécurité gardent encore la possibilité de négocier un compromis d'ici à cette échéance.

Avant le 10 janvier, "il reste du temps pour trouver une solution si tout le monde le veut", a commenté l'ambassadrice britannique à l'ONU, Karen Pierce.

En septembre, Moscou avait déjà eu recours à son droit de veto contre un texte réclamant un cessez-le-feu à Idleb (nord-ouest), également défendu par l'Allemagne, la Belgique et le Koweït. Un blocage jamais inversé par la suite.

Le texte germano-belgo-koweïti sur l'aide demandait la prolongation de l'autorisation transfrontalière, en vigueur depuis 2014, pour un an avec trois points de passage, deux à la frontière turque et un à la frontière irakienne.

Mercredi, cherchant à atténuer l'opposition russe, les co-auteurs du texte avaient fait un pas en abandonnant leur demande d'un quatrième point de passage à la frontière avec la Jordanie, inutilisé depuis 2018. 

En début de semaine, la Russie avait proposé un texte concurrent, réclamant une prolongation de l'autorisation pour seulement six mois. Moscou demandait aussi de ne laisser ouverts que les deux points de passage existant avec la Turquie, en fermant ceux installés aux frontières irakienne et jordanienne.

"Larmes de crocodile"

Principal soutien du régime syrien, Moscou estime que Damas a repris depuis un an suffisamment de contrôle dans le pays pour assurer le transfert de l'aide humanitaire internationale à partir de son territoire.

Après l'activation de son veto, la Russie a soumis vendredi son texte à un vote sans pouvoir recueillir les 9 voix indispensables à son adoption. La Russie, la Chine, l'Afrique du Sud, la Côte d'Ivoire et la Guinée équatoriale ont voté pour. Les Etats-Unis, la France, le Royaume-Uni, la Pologne, le Pérou et la République dominicaine ont voté contre. L'Allemagne, la Belgique, le Koweït et l'Indonésie se sont abstenus.

"Si vous vous préoccupez tant de la Syrie, pourquoi ne pas avoir voté en faveur du texte russe?", a lancé l'ambassadeur chinois à l'ONU, Zhang Jun, en rejetant les accusations d'irresponsabilité des Occidentaux. 

Les "larmes de crocodile des Russes et des Syriens" après le rejet du texte russe "sur ce qui va se passer sur le terrain sont d'une hypocrisie à couper le souffle", a estimé Karen Pierce.

L'aide humanitaire transfrontalière (nourriture, aide médicale...) bénéficie à quelque quatre millions de Syriens mais au total 11 millions de Syriens continuent de recevoir un soutien international après presque 9 ans de guerre. Selon l'ONU, l'aide transfrontalière reste vitale alors que la situation humanitaire s'est détériorée depuis un an et que la Syrie entre dans une période hivernale. 

Dans la matinée, le Conseil de sécurité avait tenu sa réunion mensuelle sur le volet politique du dossier syrien, qui s'est traduite par un constat d'échec sur la création d'un Comité constitutionnel censé ouvrir la voie à un règlement politique en Syrie.

L'émissaire de l'ONU pour ce pays, Geir Pedersen, a dressé un tableau sombre des travaux du Comité qui sont dans l'impasse faute d'accord sur le programme d'activités de cette instance en fonctions depuis fin octobre.

Aucune nouvelle réunion de ce Comité n'est prévue dans un avenir proche et le responsable onusien a aussi exprimé sa "grande frustration" face à l'absence de progrès pour libérer des prisonniers ou clarifier le sort des disparus.

prh/AB