Incendie de Moria: Berlin compte accueillir 1.500 réfugiés, Athènes annonce des arrestations
Source: , | September 15th, 2020

L'Allemagne compte accueillir 1.500 migrants venus des îles grecques, dont Lesbos où les habitants ont décidé de crier leur colère mardi, près d'une semaine après la destruction du camp de Moria qui a laissé des milliers d'exilés sans abri.

Dans l'après-midi, le ministre grec de la Protection civile Michalis Chrysohoidis a annoncé que cinq migrants avaient été arrêtés dans l'enquête sur l'incendie de ce camp, qui accueillait 12.000 réfugiés dans des conditions insalubres, et qu'un sixième suspect identifié était en fuite.

Les quelque 85.000 habitants de Lesbos, en mer Egée, qui dénoncent leur abandon par le reste de l'Europe, sont appelés à manifester pour réclamer "l'éloignement des migrants" qui depuis l'incendie dorment sur le bitume brûlant, avec pour beaucoup peu de vivres et d'accès à l'eau malgré une chaleur de plomb.

Berlin souhaite accueillir avant tout des familles avec des enfants qui ont déjà obtenu le statut de réfugiés de la part des autorités grecques, a précisé une source gouvernementale allemande à l'AFP.

Cette initiative qui s'ajoute à une précédente, franco-allemande, portant sur un total en Europe de 400 mineurs isolés évacués de Moria, intervient alors que la pression monte sur le gouvernement allemand pour qu'il ouvre ses portes aux réfugiés de Moria.

Les autorités allemandes avaient jusqu'ici insisté sur la nécessité de trouver une solution au niveau européen sur cette épineuse question migratoire qui divise les 27 pays membres de l'UE depuis 2015.

"Réponse juste"

En visite à Athènes, le président du Conseil européen Charles Michel a appelé à "une réponse juste, forte et efficace" de l'Union européenne.

La Commission européenne a avancé au 23 septembre la présentation de son projet très attendu de réforme de la politique migratoire dans l'UE.

Jusqu'ici la réponse des Européens a été des plus discrètes: 10 pays ont accepté de prendre en charge 400 mineurs non accompagnés, dont la France qui devrait en accueillir une centaine.

Mais à Berlin, le gouvernement de coalition d'Angela Merkel doit aussi composer avec des partis politiques, des ONG et une partie de la société civile qui réclament un geste humanitaire. 

Une nouvelle manifestation, avec pour slogan "Nous avons de la place", doit avoir lieu dimanche à Berlin, tandis que des communes et des Etats régionaux ont exprimé leur volonté de prendre en charge des migrants de Moria.

Seuls 800 des exilés chassés par les incendies ont jusqu'ici rejoint un centre provisoire érigé à la hâte par les autorités grecques.

Ce sont avant tout des familles qui se sont pour le moment installées sous les tentes blanches du Haut commissariat aux réfugiés (HCR), selon le ministère grec des Migrations interrogé par l'AFP.

"Pas négociable"

"L'entrée des demandeurs d'asile dans le nouveau camp n'est pas négociable", a déclaré le ministre de la Protection civile aux médias à Lesbos.

Le préfet de l'Egée du Nord, Kostas Mountzouris, l'un des plus farouches opposants au projet du gouvernement d'ériger un camp fermé à Lesbos, a appelé entrepreneurs et professionnels à se rassembler  pour réclamer une "normalisation" de la situation et "l'éloignement des migrants de l'île à bord de bateaux".

A quelques encablures des ruines de Moria, ravagé par les flammes dans la nuit du 8 au 9 septembre, quelques familles de demandeurs d'asile faisaient la queue pour entrer dans le camp provisoire, a constaté un journaliste de l'AFP.

Assis à l'ombre, Vany Bikembo, un mécanicien de 25 ans arrivé il y a un an de République démocratique du Congo, raconte attendre "depuis six jours déjà". Pour lui, le camp provisoire, "là-bas, c'est un deuxième enfer".

Depuis plusieurs mois, le gouvernement conservateur grec prévoit la mise en place d'un centre fermé à Lesbos pour désengorger la mégastructure de Moria. Maintenant que celle-ci est détruite, le Premier ministre Kyriakos Mitsotakis a confirmé la reconstruction prochaine d'un camp et souhaité une implication plus active de l'Union européenne. 

Les incidents entre demandeurs d'asile et habitants, dont des sympathisants d'extrême droite, sont fréquents à Lesbos depuis l'an dernier.

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