L'Espagne dans l'attente des mesures de Madrid pour freiner la pandémie
Source: , | September 18th, 2020

Débordée par l'explosion de cas de Covid-19, la région de Madrid s'apprête vendredi à annoncer des restrictions drastiques afin de tenter de stopper une reprise de l'épidémie qui préoccupe fortement le gouvernement central.

Prévue initialement à 11H30 (09H30 GMT), l'allocution de la présidente de la région, Isabel Diaz Ayuso, a été décalée à deux reprises et doit maintenant se tenir "dans l'après-midi", a-t-on appris auprès de la région.

Les autorités régionales ont déjà indiqué que ces mesures concerneraient surtout les quartiers à bas revenus du sud de la capitale et les villes des alentours, les plus touchés par l'épidémie.

Mais elles n'ont pas levé les interrogations sur la possibilité de confinements ciblés évoquée mercredi, avant que la région se contente jeudi de parler de "restriction de la mobilité".

Soumise au printemps à l'un des confinements les plus stricts au monde, l'Espagne a vu depuis juillet l'épidémie repartir à une vitesse galopante jusqu'à devenir le pays ayant le nombre de cas rapporté à sa population le plus élevé de l'UE.

Une parfaite illustration du cri d'alarme lancé jeudi par  l'OMS à propos d'un niveau de transmission "alarmant" en Europe.

Le gouvernement central inquiet

Représentant le tiers des nouveaux cas et des nouveaux décès du pays, Madrid est la région générant le plus d'inquiétudes en raison de la capacité de ses habitants à diffuser le virus dans toute l'Espagne depuis une métropole peuplée de 6,6 millions d'habitants qui est aussi un "hub" sur le plan des transports.

Signe de la préoccupation du gouvernement central, le Premier ministre socialiste Pedro Sanchez a accepté jeudi de rencontrer Mme Diaz Ayuso, une dirigeante de l'opposition de droite, afin d'établir "une stratégie commune" face au Covid-19. La rencontre doit avoir lieu lundi. 

En Espagne, pays très décentralisé, ce sont les régions qui sont seules compétentes en matière de santé.

Jeudi, le numéro deux de la région, Ignacio Aguado, avait reconnu que le gouvernement régional était dépassé et demandé "la ferme implication" de l'Etat central.

Celui-ci avait pris en main la lutte contre la pandémie au printemps en décrétant l'état d'alerte, mais a, depuis le déconfinement, laissé la responsabilité de la gestion de la crise aux régions. 

Quoi qu'il en soit, les nouvelles mesures attendues à Madrid interviendront trop tard, estime Salvador Macip, professeur de sciences de la santé à l'Université ouverte de Catalogne. 

"Au lieu de se préparer et de tirer les leçons d'autres régions comme l'Aragon et la Catalogne", qui se trouvaient dans une situation inquiétante en juillet, mais "qui ont mieux contrôlé l'épidémie, Madrid et d'autres régions n'ont pas mis en oeuvre de mesures" suffisamment efficaces, déclare-t-il à l'AFP, évoquant notamment le manque de personnes pour tracer les cas contacts.

Système de santé débordé

"Nous sommes dans une situation de perte de contrôle dans laquelle nous ne devrions pas nous trouver", ajoute-t-il, mettant en garde contre de "très graves problèmes (...) dans les semaines qui viennent", avec une hausse probable de la mortalité, actuellement bien plus basse qu'au printemps. 

Le système de santé de la région est déjà débordé. Les personnes hospitalisées en raison du Covid-19 occupent à l'heure actuelle 21% des lits des hôpitaux.

La situation est particulièrement tendue dans les établissements proches des zones les plus affectées, comme l'hôpital madrilène du 12 Octobre.

"Le nombre de places en soins intensifs ne suffit déjà plus pour  le nombre de patients Covid", indique à l'AFP Santiago Usoz, infirmier dans le service d'urgences de cet hôpital, précisant qu'il y a 32 lits pour 35 malades.

Il souligne également que certains patients dans un état grave sont des trentenaires.

"Depuis début septembre, la courbe (des hospitalisations) augmente continuellement", poursuit-il,  dénonçant "le manque de préparation" des autorités.

"Au printemps, nous manquions de matériel, désormais, nous manquons de moyens humains", dit-il, à tel point que son hôpital "demande des volontaires souhaitant se former aux soins intensifs".

L'Espagne, l'un des pays européens les plus durement frappés par la pandémie de Covid-19, a dépassé cette semaine les 30.000 décès et 600.000 cas confirmés, selon les chiffres officiels.

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