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Liberté d'expression à Cuba : dialogue rompu entre gouvernement et artistes
Source: , | December 4th, 2020

Une semaine après une mobilisation historique d'artistes, le dialogue est rompu : le ministère cubain de la Culture a annoncé vendredi qu'il refusait de discuter de liberté d'expression avec des personnes qu'il accuse d'être financées par le gouvernement américain.

"Avec les mercenaires, nous ne pouvons pas nous entendre", assure le ministère dans un communiqué, reprenant la formule généralement utilisée par les autorités communistes pour décrédibiliser les dissidents en les qualifiant d'agents de Washington.

"Le ministère de la Culture ne se réunira pas avec des personnes qui sont en contact direct et qui reçoivent un financement, un soutien logistique et un appui en termes de propagande du gouvernement américain et de ses fonctionnaires", indique-t-il.

"Les opportunités de dialogue restent ouvertes" avec tous ceux qui "n'ont pas compromis leur oeuvre avec les ennemis de la nation cubaine", assure le ministère.

L'engagement à dialoguer cette semaine était l'un des principaux accords noués dans la nuit du 27 au 28 novembre, à l'issue d'une mobilisation rarissime pendant quinze heures de quelque 300 artistes face au ministère.

A Cuba, l'autorisation de manifester n'est délivrée que de façon exceptionnelle. Quand des voix critiques annoncent leur intention de se réunir publiquement, un important déploiement policier décourage tout rassemblement.

"Un courrier insolent"

Mais cette fois, les artistes s'étaient retrouvés de façon spontanée, grâce à des appels relayés sur les réseaux sociaux.

Une délégation de 30 manifestants avait pu se réunir en pleine nuit avec le vice-ministre pour lui présenter leurs revendications, portant notamment sur la liberté de création et d'expression, le droit au désaccord et la fin de la répression contre les artistes indépendants.

Rendez-vous avait alors été pris pour entamer formellement le dialogue avec le ministre cette semaine.

Mais le ministère dit avoir reçu jeudi "un courrier insolent, dans lequel le groupe qui s'est érigé en porte-parole pour tous prétend imposer, de manière unilatérale, qui doit participer au dialogue, avec qui il accepte de dialoguer et sur quoi".

Le groupe d'artistes réclamait la présence du président Miguel Diaz-Canel ainsi que de représentants des ministères de la Justice et de l'Intérieur.

Leur liste des participants, reproduite par le ministère, inclut notamment l'artiste performeur Luis Manuel Otero Alcantara, le leader du collectif Mouvement San Isidro (MSI) qui s'est retranché dix jours dans une maison de La Havane, certains en grève de la faim, et dont l'expulsion par la police a déclenché la mobilisation face au ministère de la Culture.

"27N"

Désormais réunis sous la bannière "27N" (27 novembre), ces artistes dénonçaient vendredi matin avant l'annonce du ministère, la volte-face des autorités.

"Malgré les accords (du vendredi 27 novembre, ndlr), dès le samedi 28 novembre au matin nous avons été victimes d'une campagne de diffamation qui ne vise pas seulement les membres du MSI, mais qui remet en question nos intentions, nous qui avons soutenu solidairement ce mouvement et nous sommes prononcés contre la violence politique, en faveur de la vie, de la justice et de la liberté artistique et d'expression", écrivent-ils dans un communiqué publié sur Facebook.

"Plusieurs des jeunes présents à la réunion du 27 novembre, ainsi que d'autres qui nous ont accompagnés pour préparer l'ordre du jour du dialogue avec le ministère, se trouvent sous stricte surveillance et assiégés et certains ont même été arrêtés", ajoutent-ils.

"C'est lamentable que le dialogue soit interrompu", a réagi sur Facebook le cinéaste Juan Pin Vilar, membre de la délégation des manifestants. "Les 500 qui étaient face au ministère n'applaudissaient aucun agenda politique".

Vendredi, une partie des membres de la délégation dénonçaient être empêchés de sortir de chez eux par une forte présence policière.

Ces derniers jours, les médias d'Etat ont démonté ce qu'ils appellent la "farce de San Isidro", multipliant les reportages sur de supposées actions de déstabilisation financées par les Etats-Unis, comme le déraillement d'un train de marchandises en mai 2019.

Samedi, le ministère des Affaires étrangères avait convoqué le chargé d'affaires américain, Timothy Zuñiga-Brown, l'accusant d'"ingérence flagrante et provocante".

Les tensions diplomatiques sont fortes entre les deux pays depuis l'arrivée à la Maison blanche de Donald Trump, qui a multiplié les sanctions pour renforcer l'embargo en vigueur depuis 1962.

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