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A Lisbonne, un cimetière "débordé" par les morts du Covid
Source: , | February 19th, 2021

"On est débordés!", se lamente Ricardo Pereira en tassant la terre argileuse entre les tombes creusées sans relâche dans une parcelle du plus grand cimetière de Lisbonne, vite remplie de morts du Covid-19 identifiés par un simple numéro.

"Cette parcelle de terre s'est remplie en une cinquantaine de jours alors que normalement cela prend près d'un an", explique à l'AFP, bêche à la main, ce fossoyeur de 36 ans, employé dans le cimetière du Alto de Sao Joao, qui surplombe l'estuaire du Tage.

La journée de travail de son équipe de fossoyeurs débute par l'inhumation de deux personnes sans ressources d'un centre social de Lisbonne, dont on soupçonne qu'elles ont été emportées par le Covid, précise Fausto Caridade, responsable de ce cimetière lisboète.

Alors, à l'arrivée du corbillard, qu'aucun proche n'accompagne, les quatre ouvriers du cimetière enfilent par précaution la tenue réglementaire pour les inhumations de morts du Covid: masque, gants bleus et une combinaison blanche de protection qui les couvre de la tête aux pieds.

Les deux cercueils sont mis sous terre côte à côte, alors qu'il ne reste presque plus de places disponibles dans cette section du cimetière, où s’alignent les tombes que l'on ne distingue que grâce au numéro inscrit sur un petit écriteau planté dans la terre fraîchement remuée.

"Se rendre compte de la réalité"

Dans l'allée centrale de cette section, ouverte fin décembre pour accueillir en majorité des morts du Covid-19, les couronnes de fleurs encore fraîches s'entassent tandis qu'une pelleteuse orange est prête à reprendre du service pour creuser de nouvelles tombes.

"Il faudrait que les gens viennent ici pour se rendre compte de la réalité", se désole Maria Joao Costa, venue enterrer sa mère, décédée du Covid à 80 ans.

"Il y a encore deux semaines, ma mère recevait pourtant la première dose du vaccin" dans sa maison de retraite, raconte, émue, cette aide soignante vêtue de noir, en regardant le portrait de sa mère qu'elle tient dans ses mains.

Depuis le début de l'année, le Portugal a enregistré chaque jour une moyenne de 180 décès provoqués par le coronavirus. Hors micro-Etats, c'est le sixième pays d'Europe, et du monde, affichant le plus lourd bilan en rapport avec sa population. 

Avec un peu plus de 1.500 morts par million d'habitants depuis le début de la pandémie, il arrivait derrière l'Italie mais devant les Etats-Unis ou l'Espagne voisine.

Confiné depuis la mi-janvier, le pays a vu le rythme des nouvelles contagions chuter fortement, et le nombre de décès quotidiens est retombé à environ une centaine par jour après un record de plus de 300, mais le nombre d'enterrements reste toujours très élevé.

Pic de mortalité historique

"Il y a toujours beaucoup de corps dans les morgues qui attendent d'être inhumés", explique le fossoyeur Ricardo Pereira. Et, sur les dix inhumations prévues dans la journée au cimetière du Alto de Sao Joao, le plus grand de la capitale portugaise, la moitié sont des victimes du Covid.

Sur l'allée principale du cimetière, au milieu des mausolées blancs, se dresse l'un des trois crématoriums de la ville qui, depuis le début de l'année, fonctionne à plein régime, du matin au soir.

En temps normal, au mois de janvier, le nombre de crémations à Lisbonne s'élève à une douzaine par jour. "Actuellement, ils fonctionnent à leur capacité maximale, avec plus d'une vingtaine" de crémations par jour, indique Sara Gonçalves, responsable de la mairie de Lisbonne en charge de la gestion des cimetières.

La pandémie a provoqué au Portugal un pic de mortalité sans précédent depuis la grippe espagnole de 1920, avec un total de plus de 123.000 morts l'an dernier. Près de 16.000 décès ont été attribués au Covid, dont plus de la moitié depuis le début de l'année. 

lf/tsc/cac