Par Guy Robillard
Il y a sans doute eu de plus grands athlètes que le demi défensif de Montréal. On n’a qu’à penser entre autres à tous ces grands oubliés qui remportent de nombreuses médailles sur la scène internationale dans des disciplines olympiques. Mais si on combine talent, réussite et impact sur la société, Dequoy est imbattable. Son « statement » fait avec beaucoup d’émotion après la victoire sur les Blue Bombers de Winnipeg lors du match de la Coupe Grey ressemble même à la déclaration de l’année: « Ils n’ont jamais cru en nous ! Tu regardes partout dans le stade, c’est écrit en anglais. Même sur le guide télé de TSN, c’était écrit Toronto contre Winnipeg. Mais tu sais quoi, gardez-le votre anglais ! »Ce cri du cœur, qui constatait une réalité bien évidente, lui a valu la célébrité instantanée. Même ceux qui ne s’intéressent en rien au football ont dû faire sa connaissance tellement il est soudainement devenu omniprésent, de « Tout le monde en parle » jusqu’à l’Assemblée nationale, où le chef péquiste Paul St-Pierre Plamondon lui a dit: « Tu avais raison de péter ta coche, tu as dit tout haut ce que les Québécois pensent tout bas ». Pour une fois les partis d’opposition n’ont pas rouspété…En entrevue par la suite, Dequoy a calmement expliqué qu’il y avait un manque de respect envers la langue française.Cette célébrité instantanée a fait découvrir aux Québécois un athlète articulé et sympathique. Et tout un joueur de football, qui a même été élu joueur canadien de l’année dans l’Association Est de la Ligue canadienne et a terminé au deuxième rang de la ligue pour les interceptions, avec cinq, et au premier, à égalité, pour les retours d’interceptions complétés par un touché, avec deux.
Et que dire des Alouettes, une équipe propriété d’un Québécois, Pierre-Karl Péladeau, avec un directeur général québécois et francophone malgré ce que peut laisser croire son nom, Mark Weightman, un directeur général italo-québécois de Saint-Léonard, Danny Maciocia et un entraîneur américain, Jason Mass, qui encourageait ses joueurs étrangers à apprendre quelques mots de français et embrasser la culture québécoise. Tous ont eu le mérite d’approuver les propos de Dequoy. Ce dernier est un ancien des Carabins de l’Université de Montréal, qui ont eux aussi remporté le championnat canadien cette année au niveau universitaire. Les Québécois francophones se distinguent de plus en plus au football, qu’on pense à Laurent Duvernay-Tardif et à quelques autres actuellement dans la NFL, et ailleurs dans la Ligue canadienne Les Alouettes en alignaient une dizaine (beaucoup plus que le Canadien…), ce qui aurait été absolument impensable il y a quelques années. Des joueurs qui gagnent beaucoup, beaucoup moins d’argent que les hockeyeurs, mais eux aussi articulés et attachants en plus. C’est une conséquence du développement du programme universitaire québécois auquel a beaucoup contribué Maciocia en menant notamment les Carabins de l’Université de Montréal à un premier championnat canadien. Comme quoi il peut-être avantageux de miser sur des joueurs d’ici, susceptibles d’être plus impliqués et plus motivés. Comme c’était le cas du Canadien de la belle époque, une formule gagnante malheureusement disparue.

