
Marc s’allonge sur le bord de la piscine de son hôtel. Le soleil tape fort, les conversations flottent, indistinctes, l’heure est douce. Il voit un livre abandonné sur la chaise voisine, curieux, il s’en empare et, en le feuilletant, un billet de Power Ball glisse au sol. Intrigué, il le ramasse. Un billet oublié. Qui laisse traîner ça? Peut-être que c’est un signe du destin? Bof… Il hausse les épaules, le déchire et le jette. Le lendemain, en avalant son café devant la télévision, Marc apprend que le billet gagnant du Power Ball a été acheté dans sa région, et que personne ne l’a réclamé. Sa gorge se serre. Mon billet ? Je l’avais, je l’avais et je l’ai jeté! Sa vision se brouille, il a une sensation de serrement et pression dans la poitrine. C’est mon billet. Mon billet! Il a le goût de vomir. Au fil des jours, l’angoisse grandit. Il a la certitude absolue qu’il s’agissait du billet gagnant ! Qu’il avait touché la fortune du bout des doigts! La nuit, les rêves le hantent : luxe et voluptés, maisons, voitures, voyages, soirées torrides, fêtes somptueuses… qui se transforment en cauchemars où le billet lui échappe toujours à la dernière seconde.
Sa vie devient un enfer, malmené entre délires et hallucinations. Il a la certitude d’être maudit. Qu’on le persécute. Les mois passent. Marc sombre dans la mélancolie. Sa psy le voit arriver à chaque séance avec des théories rocambolesques et absurdes. Et si ce billet avait été le signe du destin? Si avec cet argent, il avait pu acheter le temps. Se créer une nouvelle vie? Une vraie vie? Il se cogne la tête contre les murs : je sais que c’était mon billet. Mon billet. Mon billet ! Un an plus tard, dans le taxi après sa rencontre avec sa psy, il voit un livre abandonné. Ses mains tremblent. Entre deux pages, il découvre un billet de …Power Ball ! Son cœur bat à tout rompre et il entend une voix qui chuchote : “Ne me perds pas, cette fois.” Il sursaute, regarde autour de lui. Rien. Juste le chauffeur qui écoute la radio. Pourtant, on m’a parlé ! En un éclair, il comprend qu’il ne connaîtra jamais la vérité. Le billet n’a jamais été réclamé.

