
Par René Milette : Pour tout vin, quel qu’il soit, le test ultime est à table. Autrement dit, si la bouteille reste pleine pendant le repas et que les invités lui préfèrent un autre vin, il y a quelque chose qui cloche. Alors, dernièrement, lors d’un souper, avant même de l’avoir servi, j’avais le pressentiment que le vin Unanime, 2018, de Mascota Vineyards d’Argentine ne ferait pas l’affaire. Un pinot noir de Russian River ou un Valpolicella ripasso de Tinazzi 2019 à mon avis, combleraient mieux la soif de mes ami(es). Son taux d’alcool à 14%, sa provenance de l’Argentine et sa bouteille très lourde m’ont incité à le sous-estimer : peut-être des brûlures en bouche dues à l’alcool, peut-être un vin grossier, lourd style « blockbuster », peut-être il tomberait dans l’estomac comme une roche ! Mais après réflexion, je l’ai offert au repas. Il fut effectivement très coloré et d’une belle couleur pourpre violacée révélant sa jeunesse.
Et son bouquet exhumant les cerises noires, le chocolat, le tabac blond, la venaison et les épices m’a surpris et m’a épaté. Puis en surcroît, dans la bouche, il était fruité, ample, savoureux, corpulent et équilibré. De bons tanins moelleux, aimables, légèrement râpeux, sans lourdeur, enrubannaient le tout. Comme la matière est généreuse, l’alcool ne nous dérangeait pas et ne brûlait pas. Donc grand vin pour le repas avec un plat aux saveurs relevées (t-bone steak cuisson médium). Il faut certes aimer les vins concentrés et le boire à petite lampée. Alors je me suis préoccupé inutilement avec mes préjugés. Notre Unanime argentin composé de cabernet sauvignon à 60%, de malbec 25% et cabernet franc payé environ 20$ US vaut amplement son prix. Voilà un vin style « Bordeaux » prêt à boire et son élevage en fût de chêne français pendant 20 mois lui apporte de bons tanins. Une autre bouteille aurait certainement été nécessaire pour le souper. Petit budget, bons vins et un bon plat approprié, « quoi de mieux ! ».

