Par Michel Séguin
: L’idée d’une fusion du Canada avec les États-Unis est un thème récurrent dans les annales de l’histoire de l’Amérique du Nord. Depuis l’époque de l’Amérique du Nord britannique jusqu’aux réflexions contemporaines alimentées par le théâtre politique, la notion d’annexion ou d’union plus profonde n’a cessé de refaire surface. Même si l’histoire et les réalités géopolitiques suggèrent que l’heure d’une telle fusion est passée jour depuis longtemps elle en fait rêver encore plusieurs surtout avec un dollars à son plus bas. Les racines du discours sur l’annexion remontent à la Révolution américaine. Alors que les treize colonies luttent pour leur indépendance, les États-Unis naissants considèrent l’Amérique du Nord britannique comme un atout stratégique et une extension naturelle de leur territoire. Le Congrès continental a même lancé sans succès des campagnes militaires au Québec en 1775. Pendant la guerre de 1812, les États-Unis ont fait une nouvelle tentative par un mélange d’ambition géopolitique et de zèle idéologique. Mais la résistance des colons anglais et québécois et la puissance militaire britannique font que l’annexion reste un rêve déçu. Malgré l’intérêt manifesté par des groupes marginaux dans les deux pays, la plupart des Canadiens s’opposent fermement à l’incorporation.
La Confédération du Canada en 1867 a encore renforcé son identité distincte, enracinée dans la démocratie parlementaire et les liens avec la Couronne britannique. Même au XXe siècle, la rhétorique annexionniste et même les projets d’annexion se sont parfois enflammés, reflétant souvent les ambitions économiques ou géopolitiques des États-Unis. Pourtant, le Canada a toujours résisté à ces ouvertures, choisissant de cultiver son identité distincte tout en maintenant des relations étroites et coopératives avec son voisin du sud. Dernièrement en lançant cette idée Donald Trump est manifestement moins intéressé par de véritables discussions sur la fusion que par le renforcement de la position des États-Unis dans les négociations sur le commerce et la sécurité. La preuve est faite : la suggestion de droits de douane et le simple soupçon rhétorique d’annexion ont déjà incité le Canada et plusieurs provinces canadiennes à investir davantage dans la sécurité frontalière et à répondre aux préoccupations économiques de la future administration Trump. Pour le Canada, le défi consiste à réagir de manière stratégique, en veillant à ce que sa souveraineté et ses intérêts ne soient pas compromis, tout en maintenant une relation productive avec son principal partenaire commercial et son allié le plus proche.

