
Par Michel Séguin : Les États-Unis et le Canada sont en conflits au sujet de la politique commerciale. Le fait que les deux pays soient de proches alliés rend l’affrontement d’autant plus désagréable. Heureusement, les adversaires ont accepté de se retirer dans leurs coins respectifs pendant 30 jours, mais ils n’ont pas quitté le ring. Le combat commercial est retardé, mais il n’est pas terminé, du moins pas encore. Il est possible que le bras de fer rhétorique reprenne bientôt. Lorsque nos amis se battent, une réaction courante est de se demander ce qui vient de se passer. La seconde est : « Comment cela va-t-il nous affecter ? » Dans ce cas, « nous », c’est la Floride. La Floride dépend du Canada comme Cuba en dépend. Les Canadiens visitent la Floride beaucoup. Ils viennent en masse en vacances et des centaines de milliers d’entre eux sont des résidents saisonniers, nos snowbirds canadiens. Un conflit prolongé avec des droits de douane réciproques ne serait pas bon pour le tourisme en Floride. Mais jusqu’où cela pourrait-il aller ? Les Canadiens représentent le plus grand nombre de visites internationales aux États-Unis. Selon la U.S. Travel Association, une réduction de 10 % des voyages des Canadiens pourrait se traduire par 2 millions de visites en moins, 2,1 milliards de dollars de dépenses perdues et 14 000 pertes d’emploi. La Floride pourrait être la plus durement touchée, étant donné que les Canadiens sont les plus nombreux à visiter notre État.
En fait, plus d’un quart des visiteurs internationaux de la Floride viennent du Canada, soit le plus grand nombre de pays, selon VisitFlorida, l’organisme de marketing touristique de l’État. Historiquement, les droits de douane peuvent également faire baisser la monnaie d’un pays. Aujourd’hui encore, les Canadiens ne reçoivent qu’environ 70 cents américains pour chaque dollar. Un dollar canadien encore plus faible obligerait davantage de Canadiens à rester chez eux ou à visiter des pays plus abordables. L’incertitude quant à l’imposition de droits de douane par les deux parties n’arrange rien. Elle engendre une sorte de paralysie financière. Les gens ne seront pas aussi enthousiastes à l’idée de réserver des vacances s’ils ne sont pas sûrs de l’avenir. Les estimations varient quant au nombre de Canadiens et Québécois résidant à temps partiel en Floride. Selon certaines variantes, un million de Canadiens répondent à la définition de « snowbird », c’est-à-dire qu’ils ont plus de 65 ans, sont retraités ou semi-retraités et vivent dans un autre pays pendant un à six mois par an dont la plupart d’entre eux finissent aux États-Unis, et la Floride est de loin la première destination. Ces avantages ne sont pas près de disparaître pour l’instant. Comment la Floride résistera-t-elle aux retombées d’une guerre commerciale potentiellement incompréhensible ? Selon les analystes, Donald Trump actuellement prêche le faux pour obtenir le vrai ? Une technique de manipulation consistant à proférer des conditions imposées à l’adversaire afin d’en tirer d’en tirer certains avantages mais sans pour autant vraiment vouloir en arriver là. Conscient fort bien l’enjeu négatif pouvant survenir des deux côtés.

